Plante verte dépolluante

Plantes d’intérieur qui purifient l’air : mythe ou réalité ?

Il y a des affirmations qui circulent tellement longtemps qu’elles finissent par avoir l’air de faits établis. La purification de l’air par les plantes d’intérieur en fait partie. On la retrouve sur les étiquettes des jardineries, dans les articles de déco, dans les discours bien-être. Et elle contient une part de vérité, mais une part seulement. Ce qu’on sait réellement sur le sujet est à la fois plus nuancé et plus fascinant que ce que la plupart des guides vous diront. On a creusé la question.

D’où vient cette idée

L’étude NASA de 1989

Tout part d’une étude menée par la NASA à la fin des années 80, dans le cadre de recherches sur la qualité de l’air dans les stations spatiales. Les chercheurs ont exposé différentes plantes à des concentrations de polluants volatils dans des chambres hermétiquement closes, et ont effectivement constaté une réduction de ces polluants. L’étude est sérieuse, les résultats sont réels. Le problème vient de ce qui s’est passé ensuite : la presse grand public a extrapolé ces résultats à nos appartements, sans tenir compte des conditions expérimentales très particulières dans lesquelles l’étude a été conduite.

Ce que l’étude ne dit pas

NASA

Une chambre hermétique de laboratoire n’a rien à voir avec un appartement dans lequel on ouvre des fenêtres, dans lequel l’air circule, dans lequel des personnes entrent et sortent. La concentration de polluants utilisée dans l’étude était aussi beaucoup plus élevée que ce qu’on trouve dans un intérieur ordinaire. Et surtout, le nombre de plantes nécessaires pour reproduire un effet mesurable dans un espace de vie réel est bien supérieur à ce qu’on imagine généralement.

Ce que la science dit vraiment

Les plantes absorbent effectivement des polluants

C’est un fait établi. Les plantes absorbent certains composés organiques volatils, les COV, via leurs feuilles et leur substrat. Le benzène, le formaldéhyde et le trichloréthylène font partie des polluants que certaines espèces traitent mieux que d’autres. La sansevieria, le spathiphyllum et le pothos sont parmi les espèces les plus souvent citées dans ce contexte, et pas par hasard : ce sont aussi celles qu’on retrouve dans notre sélection de plantes d’intérieur sans entretien.

Mais l’effet est marginal dans un logement réel

Une étude publiée en 2019 dans le Journal of Exposure Science and Environmental Epidemiology a recalculé les résultats de l’étude NASA en les appliquant à des conditions réelles. Conclusion : pour avoir un effet mesurable sur la qualité de l’air d’une pièce standard, il faudrait entre 100 et 1000 plantes par mètre carré. Ce n’est pas un appartement, c’est une forêt tropicale.

Le sol des plantes joue aussi un rôle

Ce que beaucoup ignorent, c’est que la majeure partie de la dépollution ne se fait pas via les feuilles mais via les micro-organismes présents dans le substrat des plantes. Ces bactéries et champignons métabolisent les polluants bien plus efficacement que les feuilles elles-mêmes. C’est une piste de recherche active, notamment autour de systèmes de ventilation qui feraient passer l’air à travers le substrat pour amplifier cet effet. Mais ces systèmes n’ont rien à voir avec une plante posée sur un rebord de fenêtre.

Ce que les plantes font vraiment pour notre bien-être

L’effet psychologique est réel et documenté

Si l’effet dépollution est surestimé, l’impact des plantes sur notre bien-être psychologique est lui bien documenté. De nombreuses études ont montré que la présence de végétation dans un espace de travail ou de vie réduit le stress, améliore la concentration et augmente le sentiment de bien-être. Ce n’est pas rien, même si c’est différent de purifier l’air.

Plantes vertes

L’humidification de l’air, un bénéfice concret

Les plantes transpirent, c’est-à-dire qu’elles rejettent de la vapeur d’eau via leurs feuilles. Dans un intérieur sec, notamment en hiver avec le chauffage, cela contribue à maintenir un taux d’humidité plus confortable. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est un effet réel et mesurable, surtout si on regroupe plusieurs plantes dans une même pièce.

La connexion avec le vivant

C’est peut-être l’argument le moins scientifique mais le plus honnête. Prendre soin d’une plante, observer sa croissance, la voir fleurir ou pousser : il y a quelque chose dans ce rapport au vivant qui échappe aux études quantifiables mais que beaucoup de personnes ressentent. C’est d’ailleurs ce qui nous a amenés à travailler avec des plantes chez Méloké, bien avant de nous préoccuper de leur capacité à filtrer le benzène.

Quelles plantes choisir si on veut quand même agir sur l’air

Si vous voulez maximiser les effets dépollution dans la limite du possible, voici les espèces les plus documentées dans ce domaine.
Le spathiphyllum est l’une des plantes les plus efficaces sur le formaldéhyde et le benzène selon l’étude NASA originale. Il a l’avantage de fleurir régulièrement et de signaler son besoin en eau en laissant retomber ses feuilles, ce qu’on détaille dans notre guide d’entretien des kokédamas par plante.
Le pothos est l’une des plantes les plus polyvalentes pour l’absorption des COV. Il est également quasiment indestructible, ce qui en fait un choix évident pour débuter.
La sansevieria a la particularité de continuer à absorber du CO2 et à produire de l’oxygène la nuit, contrairement à la plupart des autres plantes. C’est l’argument qui justifie sa présence dans les chambres à coucher, même si l’effet reste modeste.
Le chlorophytum est l’une des espèces les plus souvent citées pour l’absorption du monoxyde de carbone et du formaldéhyde. Il est aussi l’une des plantes les plus faciles à multiplier par bouturage.

Ce qu’il faut retenir

Les plantes d’intérieur ne sont pas des purificateurs d’air au sens technique du terme. Mais elles contribuent à un environnement intérieur plus agréable de plusieurs façons réelles : humidification de l’air, effet psychologique positif, lien avec le vivant, et une dépollution marginale mais non nulle. Ce n’est pas le miracle qu’on vous a vendu, mais c’est déjà beaucoup.

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